Pour ceux qui associent systématiquement les préoccupations économiques à la droite et qui croient qu’un État qui tiendrait davantage compte des conseils des économistes serait irrémédiablement capitaliste et non interventionniste, voici une nouvelle qui aura de quoi vous déranger:
Le magazine The Economist a réalisé un sondage auprès du National Bureau of Economic Research, qui regroupe les économistes les plus influents des États-Unis.
Seulement 10% sont d’allégiance républicaine, 50% sont démocrates et une bonne proportion ne s’identifie à aucun des 2 partis principaux.
Surprise!
L’Alambic du vendredi : ce qui marque l’actualité du Web et de la gestion des entreprises technos, du positionnement sur les moteurs de recherche, de la communication sur le Web, des mécanismes de prise de décision, de collaboration et de mise en valeur des connaissances organisationnelles.
Consommation recommandée cette semaine
- Wordpress 2.7 wireframes: Automattic publie ses maquettes schématiques de la future version de Wordpress. L’exercice est intéressant car il permet de valider nos méthodes de travail, qui utilisent intensivement les wireframes. Si c’est aussi votre cas, vous trouverez cette lecture inspirante!
- General Motors to Spend $1.5 Billion on Online Advertising: La bourse plante, les investissements publicitaires risquent de s’effondrer. Mais il semble que le Web sera non seulement épargné, mais favorisé.
- Why The Flow Of Innovation Has Reversed: Une explication intéressante à propos du déplacement de l’innovation des très grosses organisations B2B vers les plus petites B2C.
Humeurs
Impressionnant
- Elizabeth May en débat, ou comment mettre un parti jusque-là vu comme marginal sur la carte politique de M. Tout-le-monde en une semaine.
Moins impressionnant
- L’acharnement d’un magazine respectable comme HBR qui utilise des tactiques dignes du Reader’s Digest pour pousser ses lecteurs à renouveler leur abonnement. Give me a break.
J’avais prévu passer une petite soirée tranquille chez moi.
Finalement, je me retrouve à nouveau au war room de buzzz.tv, à m’amuser comme un petit fou. Ce soir, tout baigne: plus de 450 participants et le serveur semble bien au frais, le temps de réponse est excellent!
On s’amuse comme des petits fous, on se croirait à un LAN party. Mais on boit du cognac au lieu de bière cheap comme au cégep… ;)

Le point de vue d’un observateur privilégié
J’ai eu la chance de côtoyer les gens d’iXmédia au cours des derniers jours, et d’observer la couverture médiatique gonfler à propos de buzzz.tv. Au point de provoquer, comme vous l’avez peut-être constaté, une rupture des serveurs au début de l’expérience. Victimes de leur succès: on aura connu de pires sorts pour ce qui s’avère autrement une expérience très intéressante aux plans politique et statistique.
Pour iXmédia, les retombées médiatiques sont absolument fantastiques. Ne serait-ce que pour affirmer leur leadership dans l’industrie et attirer l’attention de clients potentiels, le jeu en valait la chandelle. Il faudra maintenant transformer le tout en revenus, mais ça, c’est une autre histoire que je leur laisse le soin d’écrire eux-mêmes.
Bien que je ne sois pas tout à fait d’accord avec Yves Williams qui nous parle de la “sagesse des foules” de la perception des groupes vs la perception des experts (j’élabore un peu plus bas), buzzz.tv nous montre qu’il est possible d’interagir en temps quasi réel avec la télévision. Que la configuration particulière utilisée par iXmédia pour la version ultra-beta de l’application aie flanché n’a pas d’importance: le graphique obtenu en fin de soirée permet de faire parler les données d’une manière très éloquente.
Des données valides?
Personne n’a jamais prétendu que l’échantillon recruté hier soir par buzzz.tv était représentatif de quoi que ce soit. Les premiers utilisateurs du système sont des “early adopters”, et font dans ce cas en forte proportion d’un groupe de techies, de blogueurs, de commentateurs politiques amateurs, mais néanmoins très enthousiastes.
Que les données montrent une polarisation et un parti-pris pour un parti ou un autre est donc normal. Les concepteurs du système ont eu l’humilité et la réalisme de présenter leur création comme une expérience sans prétention scientifique.
Il sera néanmoins intéressant de suivre l’évolution des tendances au fur et à mesure que le nombre de répondants pourra augmenter. S’il est facile de manipuler les résultats d’un échantillon de 200 personnes (j’ai lu qqpart une référence au “paquetage d’assemblée”, une vieille tactique partisane), cela devient plus complexe et plus dangereux avec un groupe de 10000 personnes.
La mise à l’échelle de buzzz.tv et des descendants que cette idée ne manquera pas de générer permettra donc d’atténuer les risques de manipulation, et donc d’améliorer la représentativité de l’échantillon.
La sagesse des foules, et les foules d’experts
Évidemment, quand on parle de web collaboratif ou 2.0, il est inévitable que l’expression “sagesse des foules ” soit utilisée. James Surowiecki, dans son bouquin “The Wisdom of Crowds“, explique le phénomène:
“De grands groupes de gens sont plus brillants (’smarter’) qu’une petite élite, aussi brillante soit-elle. Meilleure à résoudre des problèmes, à promouvoir l’innovation, à prendre des décisions éclairées et même à prédire l’avenir” (citation de commentaire de Jacques, sur le blogue de Yves Williams)
Il s’avère cependant, à l’examen et après que plusieurs études ont essayé de valider cette théorie, que la thèse de Surowiecki souffre de plusieurs défauts. Je recommande la lecture d’”Infotopia: How many minds produces knowledge” à quiconque serait tenté d’accepter pour monnaie courante la théorie de la sagesse des foules. L’auteur y fait la démonstration, basée sur les résultats d’études et non d’anecdotes, des forces et faiblesses de cette théorie.
En gros, ce qu’il faut retenir, c’est qu’une petite foule d’experts, une fois protégée des biais politiques ou de la peur de la perte de réputation qui vient avec le fait d’être interviewé en direct devant des millions de spectateurs, obtient systématiquement de meilleurs résultats qu’une grande foule de M. Tout-le-monde lorsqu’il s’agit de prévoir le résultat de quoi que ce soit. Comme d’une élection, par exemple.
Autrement dit, offrez l’anonymité et la liberté de s’exprimer à 200 journalistes spécialisés en politique grâce à une plateforme comme buzzz.tv, et leur appréciation d’un débat comme celui d’hier offrira à tout coup des résultats plus parlants que ceux de 200 quidams, malgré toute mon appréciation personnelle pour lesdits quidams, et mon respect pour les aspects collaboratifs du Web.
Néanmoins, le “wisdom of crowds” reste un concept très intéressant, capable d’expliquer plusieurs phénomènes et devant être pris en compte, mais avec quelques bémols pour assurer une bonne compréhension des données issues de telles expériences.
Je serais donc vraiment très curieux et intéressé de voir les résultats d’une expérience comme buzzz.tv avec un échantillon de 200 experts d’un sujet. Et on réglerait du même coup la question de la capacité de serveurs!
Quelles évolutions?
Je le répète, je n’ai pas fait partie de l’équipe qui a conçu et créé buzzz.tv. J’ai seulement la chance de les côtoyer au quotidien, d’être parfois sollicité pour répondre à des questions qui relèvent de mes compétences, et surtout de pouvoir leur poser des questions. J’étais aussi présent hier soir dans le “war room” improvisé chez Clément, pour participer à l’expérience. (Photos et vidéos ici). Par conséquent, je suis le seul responsable des élucubrations suivantes, et si elles vous semblent ridicules ou infaisables, je suis le seul à blâmer.
- Comme dit plus haut, pourquoi ne pas offrir un accès différent à un groupe d’experts d’un sujet? La comparaison des résultats avec ceux de la population serait très intéressante, et la différence entre les résultats du panel d’experts et les analyses réalisées par ceux-ci de manière individuelle permettrait d’explorer le phénomène de distortion dû à l’anonymité et la pression sociale.
- Maintenant que Greg a montré qu’il est possible de marier les données de buzzz.tv avec la géographie en seulement quelques heures de travail, il serait donc possible pour les responsables des partis de voir où les opinions de leurs chefs rencontrent de la résistance ou comblent l’auditoire, et sur quelles questions précisément.
- Pourquoi ne pas étendre l’utilisation de buzzz.tv aux publicités? Lors du premier test au cours de l’émission TLMEP, j’ai été frappé de constater le silence des votants pendant les pubs. Normal, on leur avait donné comme consigne de voter sur les débats entre participants à l’émission. Et si on leur donnait aussi comme consigne de montrer leur appréciation des publicités? Je pense que ces données seraient très intéressantes pour les marques qui les proposent.
- En superposant le graphique en temps réel au vidéo d’un débat, un réseau de télévision aurait un outil considérable pour montrer à l’auditoire comment réussissent les débatteurs. Évidemment, les débatteurs pourraient se servir des résultats en temps quasi réel pour modifier leurs discours. Ce qui aurait de bons et de mauvais côtés si on pense aux implications philosophiques et politiques, mais qui aurait le mérite de limiter les effets les “spins” excessivement positifs servis aux journalistes après une contre-performance d’un débatteur.
Je me suis amusé à réaliser une petite maquette schématique non exhaustive de ce dont pourrait avoir l’air un buzzz.tv intégré à l’écran d’une télévision, ou publié après le débat sur le site Web d’un média:

Buzzz.tv superposé au vidéo d'un débat?
Je me demande qui sera le premier à essayer ce qui me semble maintenant inévitable.
Et merde à la gang d’iXmédia qui a eu le guts d’essayer de créer qqch alors que la plupart des gens ne font qu’en parler. Un magnifique apprentissage de plus, et kudos pour les retombées publicitaires!
Le gouvernement canadien mettait en ligne aujourd’hui un service très attendu, la “liste nationale de numéros de télécommunication exclus (LNNTE)”. Après une simple inscription en ligne, il sera interdit aux entreprises de vous téléphoner pour vous vendre quoi que ce soit. Et bon débarras!
Le hic, c’est que le service est supposé être en ligne aujourd’hui. Pour connaître un peu le milieu du développement d’applications Web, nous pouvons aisément déduire que ce service a coûté cher, a pris beaucoup de temps à développer et a réuni de très nombreuses ressources.
Pour arriver, ce matin, à ça:

Mais c’est vrai, comment auraient-ils pu prévoir que ce serait populaire après tout? ;)